La suppression de l’exposition des enfants aux écrans dans les écoles maternelles permettra de rendre l’école exemplaire pour suivre la recommandation du rapport « Enfants et écrans » d’avril 2024, qui préconise de limiter au maximum l’exposition aux écrans avant 6 ans. En effet, les enfants de 3 à 6 ans sont dans une phase cruciale de développement, où les interactions directes, le jeu libre et les activités sensorielles sont essentielles. L’introduction précoce d’écrans peut avoir des impacts négatifs sur leur croissance et leur bien-être.
Comme l’expliquent les professionnels de santé membres du Collectif Surexposition écrans[1] : « Chaque jour les pédiatres, médecins généralistes, pédopsychiatres, neuropédiatres, les orthophonistes, psychomotricien-ne-s, ergothérapeutes, et les enseignants de maternelle et de cours préparatoire constatent les dégâts produits par une exposition régulière aux écrans avant l’entrée à l’école primaire : retard de langage, dans la résolution de problèmes, troubles de l’attention, de la mémorisation, agitation motrice … […] Les six premières années de vie sont à ce titre fondamentales. L’enfant explore son milieu en sollicitant tous ses sens, tout son corps, guidé par les figures familières bienveillantes et attentives. Les apprentissages sont alors particulièrement nombreux sur le plan moteur, sensoriel et intellectuel. Ils fondent le socle cérébral de l’enfant, socle qui fera de lui un être à l’esprit efficient, curieux et éclairé. » Or ni la technologie de l’écran ni ses contenus, y compris ceux prétendument « éducatifs », ne répondent aux besoins de l’enfant. « Pire, ils entravent et altèrent la construction de son cerveau. »
Les compétences sociales se développent principalement à travers les interactions directes avec les pairs et les adultes. Si les écrans remplacent ces interactions essentielles, une réduction des compétences de communication, de coopération et d’empathie sera observée. A l’inverse, les jeux et activités de groupe, sans écrans, favorisent le développement de ces compétences essentielles.
En classe de maternelle, il s’agit de favoriser les activités alternatives aux écrans, telles que la lecture à voix haute, les jeux (libre, de société ou en plein air), les activités physiques ainsi que les activités créatives et artistiques. Il est bon que les enfants aient du temps libre, et s’ennuient.
Pourtant, des tablettes ou ordinateurs peuvent être mis dans les mains des enfants à l’école maternelle, notamment pour répondre aux exigences des programmes scolaires. Ce faisant, l’école légitime aux yeux de l’enfant et parfois même aux yeux des parents un accès des enfants aux écrans à la maison. Il en va de même pour les blogs et applications alimentés par les enseignants qui incitent les parents à visionner, souvent avec leurs enfants qui en réclament l’accès, des contenus relatifs aux journées des enfants à l’école et impliquent que les enseignants filment ou photographient les élèves (souvent avec leurs smartphones). L’école, a alors un rôle prescripteur implicite qu’il convient de ne pas sous-estimer car les usages par les enfants qui peuvent en découler à la maison peuvent contrevenir aux recommandations scientifiques susmentionnées.
Ces dernières années, nous avons observé « une augmentation du recours aux écrans dans de nombreux cas de figure (lorsqu’il fait froid, lorsqu’il pleut, en fin de période, etc.). Par ailleurs, les films présents dans les vidéothèques des écoles ne sont bien souvent pas adaptés, ni en termes de contenus (rapidité de l’action, vitesse des enchaînements des plans montés, vocabulaire utilisé), ni en termes de durées (les films sont beaucoup trop longs). L’utilisation de la vidéo sur le temps de récréation ne correspond pas à un objectif pédagogique, mais à une tentative de canaliser les élèves, lorsqu’une contrainte empêche leur conduite habituelle dans les espaces ouverts sur le temps du repos. »
En conclusion, comme l’indique le rapport « Enfants et écrans », « lorsque l’enfant grandit et entre à l’école maternelle, il doit demeurer aussi peu soumis que possible aux écrans. Les écrans de télévision et d’ordinateurs n’ont ainsi pas leur place dans les salles de classe en maternelle. Le recours à la diffusion de dessins animés à la place des temps de récréation, par mauvais temps par exemple, ou lors de certains temps de la journée doit être évité. »
Texte rédigé par Sonia Cadé, membre active et intervenante Lève les yeux, à partir des travaux du CoSE et d’ENR (membres du Collectif attention)
[1] Lire notamment : https://surexpositionecrans.fr/les-activites-sur-ecrans-ne-conviennent-pas-aux-enfants-de-moins-de-6-ans/Ci-dessous par COSE le 5 mai 2025
