Les associations du Collectif Attention demandent que la prévention à la surexposition aux écrans soit assurée par des associations et des spécialistes indépendants de tout lien financier avec l’industrie numérique.
En effet, comment imaginer un discours neutre sur les effets des écrans de la part de personnes qui vivent grâce au financement de vendeurs… d’écrans ? De la même manière que l’on imagine difficilement Greenpeace être financée par Total ou BP, ou des associations de prévention des risques liés au tabac financés par Marlboro, il devrait aller de soi que les associations chargées d’évaluer et de prévenir les impacts du numérique ne puissent être financées par les acteurs du numérique eux-mêmes.
A ce jour, les plus grandes associations françaises de prévention sont pourtant très largement financées par les multinationales américaines et chinoises de l’industrie numérique et par les opérateurs téléphoniques français, en plus des subventions publiques venues de l’Etat et des collectivités locales.
Nous ne remettons pas en cause le professionnalisme ni l’engagement des personnes qui travaillent dans ces associations, mais ne pouvons tolérer plus longtemps une telle aberration, qui a au moins trois impacts délétères majeurs pour notre société :
- Diffusion d’un discours biaisé auprès des familles, reprenant les éléments de langage de l’industrie numérique axés notamment autour de l’idée force qu’il « vaut mieux éduquer au bon usage qu’interdire les écrans ». L’idée sous-jacente est de faire porter aux individus (parents, enfants) la responsabilité de dommages causés par les entreprises ;
- Diffusion d’un discours biaisé lors des auditions publiques et dans les médias : décideurs et grand public imaginent entendre des représentants de l’intérêt général, alors qu’ils écoutent des relais indirects de l’industrie numérique ;
- Quasi-monopole dans le domaine de la prévention au détriment des associations indépendantes, qui doivent non seulement redoubler d’effort pour obtenir des financements dans une période de baisse des crédits publics, mais aussi se voir supplanter par des associations riches et puissantes car subventionnées par l’industrie et l’Etat.
Nous proposons donc que la prévention aux risques liés au numérique soit confiée à des structures libres de tout lien financier avec les entreprises du secteur (à minima réseaux sociaux, plateformes de vidéo à la demande, opérateurs téléphoniques et jeux vidéo). D’un point de vue opérationnel, nous pourrions imaginer la création d’un fonds de dotation dédié, alimenté par une contribution fiscale du secteur numérique, comme cela s’est fait par le passé pour la prévention du tabac ou de l’alcool. Ces ressources seraient ensuite redistribuées à des acteurs indépendants de la prévention, afin de leur permettre de remplir leur mission d’intérêt général sans conflit d’intérêt ni pression de la part de l’industrie du numérique.
Il faudrait aussi que les médias et les institutions demandent systématiquement aux « spécialistes » et associations de déclarer tout lien d’intérêt avec l’industrie numérique.
Texte rédigé par Floriane Didier et Yves Marry, respectivement Coordinatrice Paris et Délégué général de Lève les yeux.
